top of page

Alexandra, la prof qui lance sa boîte à malice



Alexandra Lebas

Mon blog était à sa troisième semaine de vie sur le web lorsqu'elle a été la première à me contacter. Ce qui m'a frappée dans son message, c'est le côté "straight to the point" et direct "J'aime ton style et serais heureuse de te parler de ma reconversion". Je ne la connais personnellement pas mais derrière ce ton, j'ai tout de suite deviné une femme franche qui ne va pas par quatre chemins.

J'ai alors jeté un coup d'oeil à son profil LinkedIn: parcours très riche dans le milieu de la coopération et du développement avec des missions à l'étranger entrecoupé par des épisodes en tant qu'enseignante en Afrique et Irlande. Un coup de fil plus tard, je faisais sa connaissance.

Mesdames, je vous présente Alexandra Lebas. Notre consoeur liégeoise, diplômée en économie, ex fonctionnaire statutaire perfectionniste et orientée résultats m'expliqua qu'elle voulait à travers son témoignage souligner qu'une reconversion en tant que prof est possible "Les gens ne se rendent pas compte que la solution de l'enseignement existe".

Son témoignage aurait pu s'arrêter ici.

Mais Alexandra n'est pas que prof qui étudie pour obtenir son agrégation, son ambition est de cumuler à mi-temps son job d'enseignante et son aventure entrepreneuriale commencée en avril dernier avec sa société "La Boîte à Malice d'Alex".

Place maintenant à l'interview de cette prof/entrepreuneure novice/maman d'un petit garçon qui nous donne des éclairages sur la voie de l'enseignement.

Et en plus de cela, Alexandra, c'est le genre de femme résolument tournée vers l'action, elle le dit elle même "quand je veux quelque chose je m'en donne les moyens" (inspirons-nous, inspirons-nous) , elle va sans aucun doute booster toutes celles qui hésitent à lancer leur business.


Nilay: Alexandra, tu as une carrière de plus de 15 ans dans la Coopération et le Développement, peux-tu nous résumer ton parcours?


Oufti. C’est dur de le résumer car je change d’employeur et de métier tous les 18 mois. Et souvent cela s’accompagne d’un déménagement dans un autre pays…. J’ai souvent été responsable administratif et financier dans des organisations dont le but était d’aider les gens. Ça va de l’entreprise de travail adapté (ETA) en Belgique à la Croix Rouge au Congo en passant par l’OMS (Congo Brazzaville) ou la coopération belge (Burundi). Mais j’ai aussi été professeur (Belgique et Congo). Et formatrice (Belgique et Irlande). Mon job le plus méconnu était officier de protection pour demandeur d’asile. Je recevais les demandeurs d’asile en entretien individuel pour examiner leur dossier.


Nilay: Pourquoi avoir quitté ce milieu et avoir voulu te lancer dans l'enseignement?


Dans mon dernier boulot, j'étais fonctionnaire et je ne m'y plaisais plus du tout, je ne voulais plus manager des équipes. Comme, il y a pas mal de profs dans la famille, je savais les contraintes mais surtout les joies de ce métier. Lorsque j'ai arrêté le travail de fonctionnaire, j'ai hésité à commencer l'agrégation (je l'ai seulement commencée cette année) mais étant donné que j'ai été active dans mes recherches, j'ai immédiatement trouvé un poste dans l'enseignement. Actuellement je suis prof d’économie, compta et communication professionnelle (pour faire court). J’ai déjà été prof d’anglais, néerlandais, mathématiques, technique et géographie. (quand je veux quelque chose, j’essaie de me donner les moyens de réussir, même si ça passe par des difficultés comme enseigner des matières qui sortent de ma zone de confort).


Nilay: Faut-il nécessairement avoir le CAP/ l'agrégation pour exercer en tant que prof ou peut-on le faire en parallèle ?


Non, il ne faut ni CAP, ni agrégation ni master didactique. Il faut de la motivation, un diplôme correspondant aux cours à enseigner. Cependant, c’est utile de suivre des cours (CAP, agrégation…) pour devenir un meilleur enseignant, être nommé ( c'est l'équivalent d'un CDI) et être mieux payé 😉


Nilay: Mais quelle est la différence entre le CAP et l'agrégation?


Si on a une maîtrise universitaire, on passe une agrégation ou un master didactique.

Si on a un métier plus technique, on passe un CAP ( certificat d'aptitudes pédagogiques). De toute façon, dans les deux cas, on apprend la pédagogie et la didactique.

Pour la durée, l'agrégation se fait en un an (mais la durée va être augmentée à deux ans), c'est l'équivalent d' une année universitaire donc 30 crédits.

Quant au CAP, cela se fait en trois ans, une demi- journée par semaine. Cela peut paraître long mais rien n'empêche d'être prof et de commencer le CAP par la suite si le métier vous plaît.


Nilay: Au téléphone, tu me disais que tu voulais témoigner de ta reconversion en tant que prof, pourquoi ?


Parce que parfois on se sent piégé dans son travail sans se rendre compte que la solution de l’enseignement existe. C’est un métier exigeant. En revanche c’est un métier où on a beaucoup de satisfaction professionnelle. Ca vaut la peine de l’envisager.


Nilay: À quel type de profil conseillerais-tu une reconversion dans l’enseignement ?


A tout le monde. Pas besoin d’être techniquement le meilleur ou d’être à l’aise en public. Selon moi, pour être un bon prof, il faut avoir envie d’apporter son savoir aux élèves. Et être à leur écoute.


Nilay: À côté de cela, tu essayes de te mettre à ton compte, comment t’es venue cette idée d’indépendance ?


Je l’ai imaginé pendant plusieurs années avant de me décider. Disons que je me suis décidée grâce à mon compagnon qui est indépendant et m’a soutenue. Et parce que j’ai calculé ce que cela me couterait de me lancer. Vaut mieux des remords que des regrets donc j’ai décidé de me lancer.


Nilay: Parlons de ta Boîte à Malice..Tu proposes des services administratifs ? Tu nous expliques le concept ?


Re Oufti. Dans toutes activités d’indépendants, il y a des factures à envoyer, des rappels à faire, des papiers à classer… Un plombier, un avocat, un informaticien… peuvent être très bons dans leur domaine et pas en administratif. Moi, je suis douée avec les papiers. Donc je propose aux indépendants qui n’ont pas une taille d’entreprise suffisante pour embaucher une secrétaire de direction de me confier le travail. Je ne fais pas de secrétariat pur (prendre des note en sténographie et retaper des courriers). C’est plutôt des solutions pour que la gestion administrative ne soit plus une difficulté pour la société. Et que le comptable arrête de rappeler de lui envoyer les justificatifs. Ou payer des amendes car les documents ne sont pas envoyés / facture payées dans les délais.


Nilay: Peut-on dire que tu retournes à tes premiers amours (travail administratif) en étant à ton propre compte ?


Clairement. Aussi bizarre que cela paraisse, je suis assez créative dans les solutions administratives.


Nilay: Dans ton parcours d’entrepreneure, tu te fais accompagner par des structures (incubateurs….) ? A quel stade de ton aventure entrepreneuriale es-tu ?


Non, j’ai un fonctionnement atypique et aucune envie d’avoir quelqu’un qui m’explique qu’il faut passer du point A au point B.

Cependant, je participe avec grand plaisir au Créapéro des Femmes Actives en Réseau (FAR). Leur mission : Au travers de dîners, de petits-déjeuners, de conférences, de rencontres et, pourquoi pas, d’échanges d’e-mails entre les réunions, les femmes du réseau veulent secouer leur quotidien, booster leur univers professionnel, enrichir leur vie privée, tracer de nouvelles pistes en sortant des sentiers battus.


Nilay: Ce genre de réseaux féminins, c’est un bon plan quand on tente l’aventure de l’indépendance ? quels bénéfices peut-on en retirer ? des conseils ? on se sent moins seule?


Des rencontres d’autres femmes, entrepreneurs ou non, qui expliquent leur parcours. Cela aide à résoudre des problèmes/ se sentir moins seule/ trouver des solutions… et il y a aussi les formations. C'est vraiment fait pour accueillir toutes les femmes actives, des entrepreneures qui ont de l'expérience, des femmes qui viennent de lancer leur société, des femmes qui envisagent de se lancer même si elles n'ont aucune idée de la direction à prendre. Il y a aussi des femmes qui viennent pour se nourrir d'idées afin d'enrichir leurs réflexions personnelles et professionnelles. Ces soirées qui sont vraiment des moments sympathiques peuvent en plus être de belles opportunités pour affiner ses techniques de présentation.


Nilay: Tu le dis, cela a été facile de te lancer car ton compagnon ,qui est un indépendant, t'a soutenue émotionnellement....Penses-tu que tu aurais eu des freins pour tenter cette aventure si tu n’avais pas eu de soutien?


Clairement. Fille de fonctionnaire et de prof, je ne me rendais pas compte que je pouvais essayer une activité d’indépendant à titre complémentaire. Si ça marche tant mieux et sinon le monde ne s’écroulera pas.


Nilay: Nous avons tous nos talons d’Achille, pour ton parcours d’entrepreneure, quel est ton point faible ? (manque de sens commercial ? organisation ? faible réseau ? difficulté pour créer son site web ?.....) As-tu des pistes pour ces difficultés ?


Mon point faible c’est que j’ai beaucoup de passions et que je manque de temps. Je travaille, j’étudie (la fameuse agrégation), j’ai un enfant en bas âge avec qui j’aime faire beaucoup d’activités, je rénove ma maison… Et puis un peu de sport, de culture, des amis…

Pour faire décoller la Boîte à Malice, je devrai y consacrer plus de temps.


Nilay: Waouh! Tu jongles donc entre vie pro et vie perso ... Ce n'est pas trop difficile?


Un peu. En même temps, je suis bonne en gestion administrative car j’ai une bonne vision de l’organisation globale 😉 et j’admets que je laisse traîner certains dossiers.


Nilay: Justement en parlant du fait que tu es une maman, sur ton profil LinkedIN, tu l’as mentionné de manière originale ( Maman Nicolas), un petit mot d’explication ?


Dans plusieurs pays d’Afrique centrale où j’ai travaillé, les mamans « perdent » leur prénom à la naissance de leur enfant parce qu’on les appelle maman et le nom de leur enfant. C’est vrai que je connais de vue certains parents d’amis de mon fils comme le papa de Sirius ou la maman d’Azita. J’étais fière d’être maman de mon fils donc je l’ai noté.

Il y a une notion moins poétique car dans certains pays, la voix de la femme n’est écoutée que si elle est déjà devenue maman. Sinon elle est considérée comme inférieure et n’ayant pas vraiment le droit d’avoir une opinion.


Nilay: Comment envisages-tu la suite de ton parcours ?


Réussir l’agrégation.

Avoir quelques clients en plus pour atteindre l’équivalent d’un mi-temps.

Partir en vacances en Italie. Et courir les 10 km de Liège en octobre.

Ca c’est pour 2019!


Nilay: Et justement, quelle(s) stratégie(s) va-tu développer pour trouver plus de clients?


Pour l'instant je fonctionne au "bouche à oreille". Les quelques clients que j'ai eu ont été satisfaits de mon travail, ils font de nouveau appel à mes services.

J'ai également créé une page facebook "La boîte à Malice d'Alex", et comme je te l'ai dit je participe aux apéros de FAR qui favorise le réseautage. Grâce à cela, j'ai déjà eu des retours de contacts potentiels et je compte également faire de même avec l'UCM ou un autre type de networking. Une autre option qu'on m'a suggérée est de contacter des comptables: ils connaissent les clients qui ne s'en sortent pas avec le travail administratif et moi je peux faire des tableaux financiers, de l'encodage de comptabilité, relancer les clients pour payer les factures....


Nilay: Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à nos lectrices ? (pour une reconversion ou se lancer en tant qu’indépendante)?


Se renseigner. Ca ne coute rien. Un coup de fil, regarder un site Internet… Parfois on ne se sent pas à l’aise avec notre emploi. Il faut d’abord l’admettre. Chercher une carrière qui peut nous convenir. Et pour cela c’est important de savoir qu’il existe plein de possibilités. Il faut oser de renseigner.


Nilay: Pour terminer Alexandra, si des femmes veulent avoir plus de précisions sur une carrière en tant que prof, sur les Créapéros de FAR ou si elles sont entrepreneures et cherchent de l'aide administrative, peuvent-elles te contacter?


Bien sûr, elles peuvent me contacter via ma page Facebook "La Boîte à Malice d'Alex" ou via mon profil LinkedIn Alexandra Lebas


Un tout grand merci à Alexandra pour son témoignage et ses bons plans!



Que retenir de notre consoeur Alexandra?



Des profs de techniques de secrétariat, pour le moment il en manque, les personnes qui sont secrétaires ne se rendent pas compte qu'elles pourraient se diriger vers l'enseignement car il y a une réelle demande.
L'enseignement est un métier qui offre beaucoup: on est en contact avec des élèves; on a tous été marqué par un prof en secondaire. L'éducation est une base essentielle dans les changements de société, offrir aux élèves le meilleur cours possible, c'est leur permettre de réussir au mieux leur vie de travail mais aussi personnelle.Etre prof c'est vraiment extraordinaire!
Il faut mettre les gens en garde: être prof c'est faire des préparations pendant les vacances et le week-end. Les périodes d'examen sont des périodes où l'on travaille beaucoup. A côté de cela, lorsqu'on est parent, au niveau des horaires c'est bien: on ne se pose pas la question"qui va garder le petit le mercredi après-midi?" Mais c'est un métier qui n'est pas reconnu par la société, il arrive que des parents ou des élèves dévalorisent le travail du professeur. Or il y a une vraie technicité derrière ce boulot.
J'ai commencé à réfléchir à l'entreprenariat car je ne trouvais plus l'équilibre dans mon boulot de fonctionnaire, j'avais besoin d'avoir un travail où je pouvais décider seule, avoir un résultat et en être fière.
Créer ma société a coûté une centaine d'euros, les cotisations sociales s'élèvent à 80 euros par trimestre, si il n'y pas de chiffre d'affaire, une partie de ses cotisations est remboursée. Il y a beaucoup de trucs et astuces sur les frais que l'on peut engager ou que l'on ne peut pas engager. Même si on a l'impression de ne pas gagner beaucoup, il y a une série de frais (frais de voitures, téléphone, chauffage de la maison si vous travaillez de chez vous) qui sont considérés comme des frais professionnels et sont donc déductibles.
Le réseau FAR propose des formations assez rigolotes pour gérer une page Facebook d'entreprise ou augmenter sa visibilité au niveau des clients ou encore des formations pour fixer le bon prix quant à ses prestations. FAR a une large palette de formations pour toutes celles qui se posent des questions lorsqu'elles veulent se lancer.

Comentários


bottom of page