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La bibliothérapie ou l'idée qui a délivré Eloïse

Dernière mise à jour : 29 avr. 2019


Eloïse_Steyaert_bibliothérapie
photo by Karl Delandsheere - www.shotbykarl.be

On aura beau critiquer Mark Zuckerberg et sa fameuse plateforme mais c'est indéniable: Facebook , c'est comme les sites de rencontres, ça permet de mettre en relation des personnes qui ne se seraient jamais rencontrées dans la vraie vie. Et j'arrêterai la comparaison ici 😀

Nous sommes début septembre, je viens de mettre le blog en ligne. Tout naturellement, pour le faire connaître, je crée une page Facebook. L'aventure vient de commencer. Très rapidement et à ma grande surprise, je reçois un message de soutien plus que chaleureux de la part d'une inconnue. Poussée par la curiosité, je visite son profil et je tombe sur Eloïse Steyaert. Au fil de cette mini-enquête, je remarque qu'elle et moi avons de nombreuses similitudes: toutes les deux, nous sommes de vraies citadines, nous sommes des filles de la ville. Elle de Liège, moi de Bruxelles. Mais surtout, nous avons toutes les deux un grand amour pour l'écriture et avons chacune à notre manière décider d'utiliser ce feu qui nous anime pour mettre en place une initiative. La sienne ,c'est le "Slow Reading club de Liège" . La rubrique "à propos" de sa page ne me laisse d'ailleurs pas de marbre. Sa plume si juste décrit avec beaucoup de pudeur le pourquoi du comment de ce projet. Cela fait échos en moi. Cette belle idée n'est néanmoins pas la finalité de son objectif entrepreneurial. ll sert de prélude pour le projet phare d'Eloïse : la bibliothérapie et les ateliers d'écriture.


Mais comment cette ex-prof au profil déjà très entreprenant s'est-elle retrouvée sur le chemin de la bibliothérapie? Tout part d'un burn-out (décidément, le fléau du travailleur moderne!). Eloïse, ce n'est pas le genre de femme à prester gentiment son horaire d'enseignante et basta. Elle est très active ( même hyperactive 😉). Elle participe et anime de nombreuses activités parascolaires. En plus de tout cela, elle est maman d'un petit bout. Ses journées sont plus que remplies! Elle me le confiera elle même: "il me fallait  2 temps pleins pour réaliser tout ce que je voulais faire!". En février 2018, elle est cependant obligée de s'arrêter: elle est fatiguée physiquement et émotionnellement. Il faut préciser que depuis le début de sa carrière, elle donne beaucoup, elle s'implique dans tout ce qu'elle entreprend. Pour s'en sortir, Eloïse lit, elle lit énormément. Elle veut comprendre ce qu'il lui arrive, elle veut trouver des moyens pour se remettre d'aplomb. D'ailleurs, c'est systématique chez elle: dès qu'elle fait face à une situation problématique, elle cherche à trouver des solutions via les livres. Les quelques semaines de repos forcé , les bouquins et surtout un article sur le "Slow Reading" vont lui glisser une idée dans l'oreille. Au printemps 2018, Eloïse importe ce concept de "ralentir grâce à la lecture" bénévolement dans sa ville. Sans qu'elle s'y attende, non seulement le "Slow Reading club de Liège" a un succès fou mais en plus il requinque notre consoeur liégeoise. Plus inspirée que jamais, elle se rend compte du pouvoir de l'écriture."Le mot qui délivre" apparaît alors comme une évidence. En septembre, Eloïse ne fait pas sa rentrée scolaire, elle décide de s'aventurer dans ce projet qui lui trotte dans la tête depuis tout l'été. Elle se lance dans la bibilothérapie et la mise sur pied d'ateliers d'écriture.

Bon, j'ai trop parlé ou plutôt trop écrit 😀. Je vous laisse maintenant découvrir cette jeune trentenaire passionnante et passionnée. Dans cette interview, Eloïse va évoquer son parcours d'expatriée ( je vous disais qu'elle ne savait pas tenir en place!), nous expliquer en quoi consiste la bibliothérapie et pourquoi elle souhaite la développer dans notre plat pays. Elle nous donnera également des informations très concrètes sur la plateforme Job'In qui l'accompagne dans son projet. Et dernier détail: au moment où j'écris ces lignes, elle vient d'accoucher. Elle prouve qu'entreprendre et être mère de famille peuvent cohabiter ensemble. Bref, je suis sûre, son portrait va être une vraie source d'inspiration.

Alors, ready pour découvrir la très chère Eloïse Steyaert?



Nilay: Eloïse, peux-tu nous raconter ta vie d’avant? Quel a été ton parcours scolaire? Quel était ton job avant ta reconversion?


J'ai commencé par une licence en Information et Communication après mes secondaires, puis j'ai enchaîné avec l'agrégation car j'ai vite compris que j'avais envie d'enseigner, d'être au contact des jeunes et de transmettre plutôt que d'être journaliste en presse écrite (en plus nos profs d'unif nous avaient bien assez dégoutés sur la précarité du métier...). J'ai refait un master en langues romanes et français langue étrangère quelques années plus tard. Cela faisait un moment que j'enseignais le français mais j'avais très envie, à cette époque, d'ouvrir mes horizons et de voyager, le master en poche m'a permis de m'expatrier en Louisiane et avant ça de tenter l'aventure de l'enseignement à l'étranger au Mexique. Je crois qu'inconsciemment j'avais déjà envie de "tester" ce que j'avais dans le ventre et de quoi j'étais capable sans trop savoir quoi exactement. J'avais envie de "plus" que donner juste donner cours. Une fois de retour en Belgique, j'ai repris l'enseignement pendant deux-trois années, j'ai eu mon premier enfant et j'ai donc orienté mon énergie vers des projets pédagogiques divers à côté de mes leçons habituelles. Par exemple, la création et la mise en place de jardins partagés au sein de l'école, où j'ai travaillé avec plusieurs collègues et classes. Cela englobait la création d'un potager partagé, un jardin poétique, un banc de méditation et plein de jolies choses qui ont favorisé l'apprentissage des élèves dans la nature, en plein air, hors des murs. Nous avons aussi accueilli des migrants afghans, essayé de mettre en place des cours et des activités pour les intégrer et leur apporter du bien-être.

Tout ce parcours a été très enthousiasmant mais au fur et à mesure ça m'a aussi physiquement et émotionnellement épuisée... Je n'aurais pourtant pas fait les choses autrement s'il fallait revenir en arrière ! Certains pourraient voir ça comme le chemin sinueux d'une touche-à-tout dispersée, moi je le vois comme quelque chose qui m'a apporté énormément d'expériences diverses, des apprentissages et le fait d'avoir écouté mes envies.


Nilay : Et que fais-tu maintenant ?


En septembre j'ai pris une décision importante, celle de ne pas faire ma "rentrée scolaire" et de tenter l'aventure un peu folle du "Mot qui délivre" : c'est-à-dire offrir du bien-être grâce à la lecture et à l'écriture, à travers de multiples activités.

Je porte à présent ce projet depuis plusieurs mois et je m'éclate à chaque instant ! Je propose principalement des ateliers d'écriture intime et créative ainsi que des séances individuelles ou collectives en bibliothérapie. Ces activités sont envisagées dans une optique de plaisir, de bien-être voire aussi dans une démarche thérapeutique. Je mets l'accent sur l'écriture sur soi ou le soin de soi à travers des lectures sélectionnées afin d'aider les personnes à mieux se connaître, à déposer leurs émotions et leur vécu. Dans d'autres cas à traiter des questions plus problématiques. L'idée c'est qu'elles prennent un temps entièrement dédié à elles (un atelier de quelques heures ou une séance d'une heure) afin de se reconnecter à leur être profond de manière qualitative et consciente. Il y a beaucoup d'échanges riches, authentiques, créatifs... (et fun aussi !) entre les personnes qui se rencontrent, c'est à chaque fois presque magique !

A côté de cela, je suis aussi disponible pour des accompagnements littéraires : j'encadre des personnes qui éprouvent l'envie d'écrire un ouvrage personnel ou fictif et je les conseille, les discipline, leur (re)donne confiance aussi. On avance par étapes, par objectifs, tantôt ce sont des réflexions sur la direction que doit prendre le projet, tantôt ce sont des consignes techniques, et cela donne de beaux résultats...

Et puis là, je termine ma formation en écriture biographique car je propose aussi ma plume pour rédiger la biographie, le récit de vie d'une personne qui souhaiterait transmettre son parcours, son héritage, aux membres de sa famille par exemple. On m'a aussi contactée dans la démarche inverse, à savoir que c'est un membre de la famille qui veut faire un cadeau à un parent, car il estime que sa vie est extraordinaire et qu'il devrait la raconter.

Je me rends compte que ce que je fais tourne toujours autour des mêmes valeurs: de l'échange, de la transmission, du partage, des émotions et des vécus dévoilés, des trésors qu'on reçoit toujours grâce aux mots : ceux qu'on lit ou ceux qu'on écrit !

Dire ce que je fais maintenant : c'est dire que je fais beaucoup de choses autour des mots et que je vois beaucoup de gens ! Je ne vois pas comment le résumer autrement...


Nilay : Eloïse, ta reconversion est partie d'un burn-out, tu nous en parles?


Il y a un an, en février, j'ai fait un burn-out. J'ai eu besoin de plusieurs semaines de repos forcé et de déconnection avec mon travail et le train-train habituel pour me rendre à l'évidence : à 32 ans, j'avais déjà connu beaucoup de rebondissements dans mon parcours et j'avais toujours travaillé comme une folle, lancé plein de projets et voulu être au top dans tous les domaines à la fois et ça m'a distraite énormément de l'essentiel. Au fond de moi j'avais envie "d'autre chose" qu'être enseignante. Il y a une part créative en moi que j'ai muselée pendant longtemps.

Pour être tout à fait honnête, le fait de devenir mère aussi a été un grand chamboulement : le burn-out n'est pas seulement professionnel selon moi. Il y avait aussi le souhait de pouvoir travailler différement pour m'occuper différement de ma famille et m'épanouir en tant que femme. Le temps de pause forcé m'a permis de rendre explicite un constat qui faisait insidieusement son chemin: comprendre que la façon dont je travaillais avant un enfant n'est plus du tout envisageable pour moi de la même manière après . 2h de trajets en voiture par jour, la course effrenée, le stress d'être présente, efficace, proactive et inspirante au travail tout en galérant avec le loulou malade, l'envie de montrer qu'on gère sur tous les fronts... c'était devenu aliénant et de moins en moins épanouissant. Les semaines de réflexion m'ont aidée à intégrer ma nouvelle identité multiple et à me dire : à présent, qu'est-ce que j'en fais?


Nilay : Tu t’es lancée dans la bibliothérapie, tu es porteuse d’un projet d’ateliers d’écriture thérapeutique, comment t’es venue cette idée ? Tu en avais déjà entendu parler ?


Après mon épuisement le maître-mot des personnes qui m'ont prise en charge ça a été "faites-vous plaisir". Pendant un temps ça a été le néant, j'ai zoné en ayant oublié ce qui me faisait réellement plaisir, à force de donner et donner à tout le monde. Et puis j'ai lu un article qui disait "repensez à ce qui vous rendait heureuse quand vous étiez plus jeune", "rappelez-vous des moments où vous avez été fière de vous", "que faisiez-vous tout le temps, enfant ?". Le déclic s'est fait: j'écrivais des centaines de poèmes, des romans-feuilletons pour les copines, j'inventais continuellement des histoires et j'ai gagné des concours de déclamation, d'écriture,... En deux secondes, la décision était prise, je prends mon téléphone et m'inscrit à un atelier d'écriture. Les premiers textes que j'ai posés ont été très révélateurs, en les relisant 6 mois après je me suis rendue compte que les envies étaient là depuis longtemps en fait, elles sommeillaient, elles étaient en veille. Donc le constat c'est que j'ai pu vite me remettre de mon burn out par deux choses : je lis et ça m'aide, ça me procure un plaisir simple, çe me déstresse et ça m'apporte des réponses, des pistes, dans mon cheminement. A partir de là, je m'intéresse de plus en plus à cela et la sérendipité fait qu'immédiatement je découvre le concept de "bibliothérapie" qui se développe en France et qui existe depuis plus longtemps dans le monde anglosaxon. D'un autre côté, je redécouvre l'émerveillement de la création à travers ce que j'écris : c'est tout bête, mais je me retrouve un peu enfant, je suis heureuse d'avoir produit un petit truc, et de découvrir le message caché après chaque moment de pleine conscience.

Je sais du coup ce que je veux faire : proposer ça, avec ma touche personnelle, à d'autres personnes qui ont très certainement elles aussi des "couacs" dans leur vie, des petits obstacles à franchir ou qui ont besoin de ralentir aussi dans ce monde de plus en plus fou. Je réalise que la bibliothérapie n'est pas connue en Belgique francophone ou très peu. Et je réalise que j'ai envie de proposer des ateliers d'écriture différents, avec un petit zeste que je ne parviens pas à retrouver là où je vais.

J'ai alors commencé, au printemps dernier, par mettre sur pied un club de lecture itinérant bénévolement, le Slow Reading Club Liège. A ce moment-là je ne pensais pas encore que j'allais faire de toutes ces futures activités mon métier: je voulais juste apporter un petit truc en plus à la communauté liégeoise, et me dire si on est quelques uns à vouloir se détendre, passer un bon moment autour d'un livre et papoter après, je serai très contente. Puis ce Club s'est développé de manière surprenante - et fulgurante - il faut le dire, et j'ai pris conscience d'un potentiel. Et j'ai repris confiance en moi à travers tous les retours chaleureux et immédiats des personnes qui venaient chercher ce fameux bien-être à travers ce que je proposais. Encore maintenant j'ai du mal à réaliser que tout ça est parti d'une simple envie d'aller lire en ville autour d'un bon thé... !

Fin août, je suis acculée : je prépare ma rentrée scolaire ou pas ? J'étais super épanouie, je me suis amusée tout l'été à proposer des lectures en plein air très fréquentées... puis la réalité s'impose : ça c'est loisir et non rémunéré. En septembre, je dois continuer à gagner ma vie et à reprendre une activité professionnelle. Je passe un entretien d'embauche dans une nouvelle école et panique en sortant, crise d'asthme : non, ce n'est certainement pas ça qui m'attend dans deux semaines ! Alors en fait "Le Mot qui délivre" avait mûri dans mon esprit tout l'été: je savais que je voulais faire des ateliers d'écriture, je savais que je voulais faire de la bibliothérapie, écrire pour moi et pour les autres, il fallait se lancer. Le nom "Le Mot qui délivre" est sorti tout seul, zéro brainstorming, le nom du coeur: il me délivre moi d'une envie secrète et jusque là pas assumée, et surtout, mon projet qui je l'espère va déliver de nombreuses personnes de leurs émotions, de leurs questionnements, de leurs passions à entretenir ou raviver. Je trouve que c'est le terme qui résume le mieux tout ce que je mets en place : assumer ses émotions, être transparent, dire zut aux faux-semblants, aux non-dits et s'assumer !


Nilay : Comment es-tu passée de l’idée à la concrétisation ? Tu t’es faite aidée/ accompagnée ?


Pour concrétiser tout cela, un dernier doute à m'ôter : est-ce que c'est sérieusement envisageable comme un "métier", est-ce que du coup je peux éventuellement un jour en gagner ma vie et comment baliser la reconversion sans perdre trop de revenus ? Avec des crédits, un enfant en crèche, un deuxième en route... il est plus que légitime de se le demander ! Quelques renseignements sont vite trouvés sur Internet : il existe des Strucutures d'accompagnement à l'auto-création d'emploi (S.A.A.C.E.) et je vais à une séance d'infos chez Job'In à Liège. Je ressors de là avec l'impression que, vu la manière dont on me propose un accompagnement, c'est vraiment possible. Il y a une prise de risque, certes, mais un risque qui peut être encadré par une équipe de professionnels expérimentés. Sans ça, je ne suis pas sûre que je me serais lancée dans ce projet à ce moment-là de ma vie.

Je suis aidée et accompagnée par Job'In depuis octobre, ça m'a permis d'être rassurée quant au sérieux de mon projet, de me sentir soutenue et portée et de croire encore plus en mes capacités. Et l'équipe m'apporte plein d'outils et de conseils qui me font gagner du temps, de l'énergie et m'épargnent j'en suis sûre quelques déconvenues.


Nilay : Que ce soit pour la bibliothérapie ou pour l’aspect « porteuse de projet » as-tu suivi des formations spécifiques ?


Je suis en formation de septembre jusqu'à juin à la Maison du Livre à Bruxelles, ce qui nourrit énormément ma pratique et élargit encore mon champ de connaissances. Mais j'ai aussi 7 ans de formation universtaire en lettres, 10 ans d'expérience en enseignement et animation. Je ne dois pas rougir de mon background précédent. J'ai donc trouvé l'équilibre il me semble entre le fait de vouloir continuer à apprendre, me former et le fait de ne pas devoir à tout prix constamment être dans la théorie pour combler un complexe de manque de légitimité. L'expérience "sur le terrain" depuis 6 mois me montre que la réalité des échanges est déjà qualitative. J'ai de plus en plus confiance dans mon professionalisme. C'est dur aussi de le dire et le penser à voix haute quand on est pas a priori habituée à se mettre en avant, mais tu m'as demandé de jouer le jeu de la sincérité 🙂. Evidemment, il y a toujours des formations qui font de l'oeil et qui viendront je l'espère jalonner la suite du parcours...

Par contre, là où c'était vraiment nécessaire, c'était la formation "Du rêve au projet" que propose Job'In: il s'agit de plusieurs modules qui permettent de se rendre compte de la réalité du métier d'indépendant (gestion, finance, marketing,...) et c'était bien nécessaire pour être définitivement convaincue à la fois de mon projet et en même temps de réaliser les éventuelles embûches et étapes à franchir.


Nilay : J'aimerais revenir sur le Slow Reading Club, qui (il faut le souligner) regroupe plus de 1000 abonnés sur ta page Facebook...Si je comprends bien, ça t’a aidée pour démarrer les ateliers d’écriture ?


Oui, en partie. Je remarque en effet que certains adhérents au Slow Reading Club ont basculé vers les ateliers ou viennent à une conférence. Il y a de très belles rencontres qui ont été faites grâce au Club et je pense que certain(e)s ont envie d'étendre ce plaisir à travers d'autres activités similaires. On retrouve à la fois dans le Slow Reading Club et le Mot qui délivre le même esprit, les mêmes valeurs et des centres d'intérêt communs.

Mais j'ai aussi été vite surprise de voir qu'il y a un nouveau public qui est intéressé plutôt par des thématiques spécifiques (atelier d'écriture sur le travail, par exemple). Le public qui écrit n'est pas non plus ipso facto le même que celui qui lit. Donc c'est à nouveau très riche car ça provoque de nouveaux échanges encore !

Là où la création et le succès rencontré avec le club m'ont beaucoup aidée, c'est que j'avais des contacts et partenaires qui avaient déjà hébergé les rencontres slow reading et qui très vite ont accepté d'accueillir aussi les autres ateliers. J'avoue avoir ainsi gagné du temps pour l'organisation et la mise en place des nouvelles activités.


Nilay : Eloïse, tu es une véritable « slasheuse » des mots, tu gères les ateliers d’écriture, tu es coach littéraire, écrivain privé. Bref, ton métier tourne autour de l’écriture, comment se passe une journée type ?


Il n'y a clairement pas de journée type. Cela s'organise plutôt en fonction des semaines. Sur une semaine, disons qu'il y a plusieurs soirées occupées par les ateliers d'écriture ou les rencontres slow reading. Parfois c'est aussi une conférence sur la bibliothérapie qui est donnée. En journée, je fais les accompagnements littéraires, c'est-à-dire les rencontres individuelles.

Pour l'instant, pour être honnête, il y a aussi beaucoup de temps en journée qui est consacré aux rendez-vous avec les partenaires (cafés, espaces co-working,...) pour plannifier et organiser la suite des événements de 2019. Le côté plus terre-à-terre de l'activité, c'est aussi cela: rendez-vous en personne, discussions, coups de téléphone, répondre aux e-mails des clients, des nouvelles personnes intéressées qui demandent renseignements, informations,...

Un temps est aussi consacré à la visibilité: alimenter les réseaux sociaux, se rendre à des événements sociaux, professionnels et culturels. Sans compter une matinée consacrée à l'administratif et parfois une après-midi en rendez-vous chez Job'In pour continuer le balisage du projet.

Enfin, il est aussi important que je me garde des moments pour pouvoir lire, écrire et rester connectée à mes passions, qui sont à la base de tout ce que je crée. Si je ne le fais pas, les idées, la qualité et la valeur de ce qu'à l'avenir je vais proposer va s'amenuiser. C'est un équilibre en constante évolution, que je commence tout doucement à apprivoiser, mais aussi en conflit avec les réalités: il m'arrive à certains moments de moins lire alors que c'est au coeur de ce que je ne cesse de prôner... !


Nilay : Et ton entourage ? Comment tes proches ont-ils réagi par rapport à ce choix ? As-tu été soutenue ?


J'ai la chance d'avoir un mari qui a tout de suite été à l'écoute et qui a vite intégré que cette activité allait m'épanouir, me rendre plus sereine et par conséquent de l'impact positif que ça pourrait avoir sur notre vie de couple et de famille. En bon pragmatique, il m'a aussi vite mise face aux réalités financières: la condition, c'était qu'on ne prenne aucun risque démesuré qui affecte le confort de nos enfants. Ca allait de soi !

J'ai aussi une précieuse amie qui a tout de suite perçu que je m'orientais vraiment vers ce qui me définissait et elle m'a donné énormément de courage. Pour ce qui est de la famille, c'est un soutien inconditionnel au final. Même si, je pense, les parents sont souvent un peu frileux quand leurs enfants prennent des décisions qui comprennent des risques, je crois que cela est normal. Mais ils aident, écoutent beaucoup, et sont toujours là. Je crois par contre que je dois beaucoup les bassiner car je parle constamment de ce qui m'anime, j'ai besoin de leurs conseils, de me sentir portée. Merci à eux.


Nilay : Tu as été salariée pendant 10 ans, maintenant tu t’es lancée en tant que porteuse de projet. Est-ce que la transition entre les deux a été facile ? As-tu eu des moments de doutes, de vouloir tout laisser tomber ? Et comment as-tu pu surmonter ces moments difficiles ?


C'est sûr que de passer du statut de fonctionnaire à celui d'auto-entrepreneuse, c'est un vrai switch. La transition se fait lentement et sûrement grâce à Job'In qui est véritablement spécialisé dans ce genre de création/reconversion. Facile, ça ne l'est pas car ponctuellement reviennent les questions des réalités financières (bénéfices, revenus, lois sociales, TVA,...) que je ne me posais vraiment pas en recevant mon salaire et ma fiche de paie en fin de mois: on se rend compte que s'orienter vers le statut d'indépendant c'est un vrai parcours du combattant pour au final, ne pas nécessairement être sûr de gagner sa vie décemment. Il y a un pari, qui est fondé sur le fait de croire réellement en ce qu'on fait. Je n'ai jamais encore eu l'envie de tout laisser tomber : la volonté de vivre plus librement, sous mes conditions et selon mes propres aménagements est plus forte pour le moment. Je remarque par contre que c'est une manière de revoir aussi sa façon de vivre, ses dépenses, ça demande aussi parfois des petits sacrifices, plus de calculs, une forme de désencombrement et de simplicité volontaire. La seule chose qui me ferait faire marche arrière, c'est de constater que je ne peux pas apporter sereinement ce dont mes enfants ont réellement besoin. Ca reste une priorité inébranlable.


Nilay : Tes ateliers affichent complets, tu as déjà des clients enthousiastes, quelles stratégies as-tu mises en place pour te rendre visible ? Les réseaux sociaux ? Le bouche à oreille ? Des conférences ?


Je n'aime pas trop le mot "stratégie" car tout s'est fait au départ de manière profondément ingénue et bienveillante. C'est parti d'une invitation à un événement Facebook "Rencontre Slow Reading" tel jour, tel endroit, telle heure. Puis en effet la page et les événements ont progressivement été suivis de plus en plus, en fonction du contenu que je postais et des rendez-vous que je proposais.

Je pense, peut-être naïvement, que la sincérité et l'authenticité profondes de mes contenus et des activités proposées parlent aux gens, qu'ils le perçoivent et que ça les touche aussi. Au départ, je crois vraiment en cela. Maintenant, après plusieurs mois d'expérience et de retours divers, je comprends que les réseaux sociaux ont une portée incroyable (le développement très rapide d'une communauté l'a démontré). C'est le nouveau bouche-à-oreille et en même temps le "toute-boîte" 2.0. où la plupart des gens voient ce qui se passe et se propose dans leur localité. Je poste régulièrement, je suis très réactive, c'est un fait. J'alimente beaucoup pour illustrer le contenu avec des photos, proposer un petit "souvenir" aux participants, etc.


Nilay : Est-ce que tu vis de ta nouvelle activité ?


Pas encore, non. Je constate que c'est en constante évolution, de mois en mois ça bouge et c'est donc très encourageant. L'accompagnement avec Job'In crée vraiment cet espace où on peut se donner le temps de tester son activité et en même temps la booster en s'ôtant temporairement la pression paralysante de devoir être à 100% viable immédiatement. C'est une construction lente, appliquée et impliquée qui fait que, je l'espère, ce sera pérenne en fin de suivi.


Nilay : Lorsqu’on est entrepreneure, porteuse de projets, on a une multitude de casquettes et certaines tâches nous paraissent plus compliquées que d’autres……Quelles sont ces activités pour toi ? Et comment penses-tu les aborder avec plus de facilité ou sérénité ?


Moi c'est clairement la découverte de la gestion et du plan financier. Je suis très éloignée de ces approches cartésiennes a priori. Donc c'est un tout nouvel apprentissage, qui est nécessaire, mais qui ne m'éclate pas toujours. Je me dompte et j'essaie de faire au mieux, car j'ai conscience que sans cela, ça ne sert vraiment à rien de vouloir continuer. Je suis heureusement aidée par des proches qui gèrent Excel comme des pros et qui me connaissent suffisamment bien que pour me recadrer platement si nécessaire🙂 


Nilay : Tu es ce qu’on appelle une « mompreneur », tu as déjà un enfant et tu en attends un deuxième. Tu prouves qu’on peut être maman et entreprendre, que tout ceci n’est pas réservé aux cadres célibataires 😉, chapeau pour cela…….Peux-tu expliquer à nos lectrices pourquoi ton « statut » de maman n’a pas réussi à t’arrêter ?


Je crois qu'au contraire ça me motive encore plus: mes enfants et la qualité de vie que j'ai envie de mettre en place, c'est mon moteur essentiel pour cette reconversion. C'est vrai que paradoxalement, je l'ai dit, c'est la raison numéro 1 qui me ferait tout stopper si je voyais qu'ils en patissent d'une quelconque manière. Mais c'est ça du coup qui est le carburant super power: je me donne à fond pour me donner toutes les chances d'atteindre cet idéal de vie.

Plus concrètement, j'ai finalement compris que des enfants en bas âge, c'est temporaire, c'est fatigant et prenant, mais ils grandissent, deviennent de plus en plus autonomes et donc, je ne dois pas travailler pour eux juste pour ramener le bacon à la maison, mais aussi développer mon projet de vie dès maintenant, dans lequel ils peuvent déjà s'inscrire avec quelques améngements. Je trouve important de leur montrer aussi l'exemple d'une mère qui vit à fond, qui assume un rêve et qui travaille pour le concrétiser. Le plus important, qu'ils ont une maman heureuse, qui du coup peut les rendre eux aussi plus heureux et équilibrés. C'est stressant encore à certains moments, je ne vais pas vendre du rêve, parfois je fonce à la crèche, je réponds en deux secondes à un mail dans ma voiture juste avant de sortir récupérer le bonhomme et... tous les repas ne sont pas toujours bio et longuement mitonnés.

Donc il faut apprendre aussi à déculpabiliser pour certains aspects (pas facile) et à accepter de demander plus souvent de l'aide à son entourage (moi qui déteste solliciter!), impliquer plus le papa moderne et redéfinir ensemble une autre façon de fonctionner. J'abandonne plus facilement l'idée de jouer la dure à cuire qui gère tout, je vois où ça m'a menée, j'assume le simple fait de "faire vraiment de mon mieux" avec des coups de gueule et des coups de blues de temps à autre.


Nilay : Justement, pour trouver l'équilibre vie perso-vie pro as-tu des tips concrets à partager?


Le tip n'est pas très glamour, mais c'est un super tableau Excel et un Google agenda partagé avec mon conjoint. Beaucoup de codes couleurs, de rappels et notifications qui font qu'au final, on arrive à y voir plus clair dans les plannings respectifs. Ca n'empêche pas un joyeux bordel à de nombreux moments, mais ça nous permet vraiment de mieux communiquer. De base, on communique de plus en plus, car quand on n'y est pas attentif, c'est le clash. Donc il vaut mieux se préparer et anticiper les solutions.

Je me rends compte aussi que l'aspect vie perso se confond de plus en plus avec les activités que je propose et les gens que je rencontre, car passion et travail se téléscopent et ça me convient parfaitement. Maintenant, je me dis qu'avec deux enfants et tous ces contacts sociaux importants, j'aurais quand même besoin de m'aménager une petite bulle de solitude de temps à autre. Je vais essayer d'y être vigilante, il faut aussi des temps de respiration , de glandouille pour se retrouver et laisser d'autres envies ou idées fleurir.


Nilay : Quels sont tes projets pour le futur ?


J'ai très sincèrement envie de mettre la bibliothérapie à l'honneur en Belgique francophone, d'apporter mes compétences et ma sensibilité à cette pratique. Faire en sorte qu'elle soit considérée comme un vrai outil de bien-être, de soin et de développemement personnel. Je suis tellement convaincue du bienfondé de ses bénéfices.

J'espère de tout coeur pouvoir m'épanouir comme indépendante sur le long terme avec des activités de qualité que j'aurais mises en place. Je me vois toujours en train d'animer des ateliers d'écriture où les participants s'épanouissent et se font plaisir. J'ai envie d'accompagner aussi plus de personnes vers des projets personnels car nombreuses sont les plumes qui me confient avoir envie depuis toujours d'écrire un ouvrage et... de ne pas oser. Je suis persuadée qu'avec un bon accompagnement, ce sont des projets qui peuvent prendre forme ! Car la plupart du temps, c'est le déclic de réellement "s'y mettre" qui manque.

Tout cela m'amène au fait que je nourris aussi mes propres envies d'écriture... Tout cela doit s'incrire dans une temporalité sereine et non précipitée 😉


Nilay : Quels conseils donnerais-tu à toute femme qui veut se lancer dans un projet ?


Je pense que notre pire obstacle c'est nous-même et nos pensées limitantes. Une fois que l'on prend le temps de s'écouter, de se connaître toujours mieux, on avance. Une fois que l'on se fait confiance, que l'on s'assume pleinement... il n'y a plus qu'à foncer ! Ca paraît bateau, mais c'est incroyable le nombre de femmes qui diminuent l'impact qu'elles ont dans un domaine personnel ou professionnel. "Personne ne peut vous diminuer sans que vous y consentiez", disait Eleonore Roosevelt. Je crois que c'est vrai. A l'inverse, il y aussi plein de gens autour de nous qui peuvent, une fois qu'on endosse son envie et sa légitimité, nous élever. Il faut savoir les reconnaître et puiser en eux cette confiance qui à certains moments nous fait défaut.


Nilay : Enfin Eloïse, je termine par une question que j’affectionne tout particulièrement, si des femmes sont inspirées par ton cheminement, ta reconversion ou veulent plus d’infos sur « Le mot qui délivre » peuvent-elles te contacter ?


Pour le moment tout passe principalement par Facebook "Le Mot qui délivre" . Le site Internet www.lemotquidelivre.be est en construction et sera en ligne très bientôt... mais comme mes autres bébés, je prends le temps de bien faire les choses 🙂


Un tout grand merci à Eloïse pour sa contribution au blog!


Que retenir de notre consoeur Eloïse?


J'ai aussi compris que des passions qui me paraissaient vaines, futiles voire inutiles (lire, écrire) étaient au coeur de ce qui me définit et donc que je ne peux plus les mépriser ainsi, je devais plutôt les transformer en atout.
Ce n'est pas que je n'aimais plus du tout mon job : j'adore enseigner, qui sait peut-être redeviendrai-je prof un jour... Mais je n'aimais plus du tout la manière dont cette vie s'organisait, tout en percevant un potientiel non exploré dans d'autres domaines voisins.
Plein de gens me disent qu'ils veulent écrire mais ils n'osent pas. L'écriture n'est pas réservé exclusivement à l'écrivain intello.Tout le monde peut écrire, tout le monde a quelque chose à raconter.
Les habitués du Slow Reading Club m'ont demandé spontanément si je n'envisageais pas de créer une carte de membre ou une sorte de cotisation. Ils se rendent comptent de l'énergie que j'y consacre et de la valeur qualitative que j'y apporte. Même si j'ai un caractère entreprenant, l'aspect commercial est plus difficile à porter mais tout doucement, cette réflexion fait son chemin.
Je ne soupçonnais pas mon profil entrepreneurial jusqu'à ce que je commence mon accompagnement chez Job'In. En début de parcours, une psychologue fait ton profil entrepreneurial, cela dure toute une journée. C'est très révélateur car cela te permet de constater si l'entrepreneuriat est fait pour toi et si cela vaut la peine de continuer.
Job'In propose une accompagnement plutôt lent: ils prennent le temps de bien installer les choses. Il y a des modules en groupe et en individuel. Cela débute avec la phase de pré-conception: on doit faire un business plan, analyser la concurrence, on apprend les bases du marketing... Ensuite vient la phase de validation du dossier par un comité. Si ton projet est jugé viable, tu entres en couveuse d'entreprise: pendant 6 mois, un an, tu bénéficies du numéro d'entreprise de Job'In. Tu ne paies pas de cotisation sociale durant cette période et cela te permet de tester ton activité.
Le fait d'entendre que l'entrepreneuriat est difficile, cela m'a conscientisée sur ce que c'est réellement, ça aurait pu me démotiver mais moi, ça m'a fait du bien de l'entendre, ça m'a permis de le démystifier. A côté de cela, j'ai été drivée lorsque j'ai vu que je n'étais pas la seule maman à vouloir être en phase avec elle-même, d'avoir ce besoin de faire les choses différemment, d'apporter une toute autre contribution à ses enfants. On est maman mais pas que....On est multiple. Je trouve génial que des femmes se lancent! On est dans une autre époque. C'est fou comme il règne un bel esprit de soutien et de solidarité entre nanas actives... Petit clin d'oeil à plein de copines starteuses !

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